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Laboratories of Image, Signal processing and Acoustics - Ecole polytechnique de Bruxelles /Faculté des Sciences

Altérateur de timbre dans les cordophones

Dans de nombreuses cultures, des instruments de musique sont équipés de dispositifs qui jouent un rôle considérable dans le timbre des sons produits par l’instrument qui en est équipé. Ces dispositifs, appelés altérateurs de timbre, peuvent être définis par les conditions suivantes :

Quelques exemples : la caixa du Brésil, la flûte dizi de Chine et les lamellophones africains.

Caixa du Brésil: la corde tendue en travers de la peau modifie le timbre du son produit par l'instrument. Ce dispositif est également présent sur des tambours occidentaux, et, avec un dispositif légèrement différent, sur la caisse claire de la batterie moderne.

Flûte chinoire dizi : la membrane qui couvre l'un des trous de la flûte est mise en vibration par la pression acoustique pendant le jeu et produit de nombreuses composantes spectrales qui enrichissent le timbre global de l'instrument. La non-linéarité de la réponse de la membrane est responsable de l'hétérogénéité du timbre de la tizi, qui permet au musicien de produire des nuances de timbre très subtiles.

Les lamellophones africains (présents dans quasi toute la partie subsaharienne du continent) se caractérisent par la présence d'objets vibrants autour des lames ou sur la caisse de résonance (dans ce cas : des capsules de soda et de bière). Ces "bruisseurs" sont en général placés par le musicien (et non par le facteur), permettant une personnalisation de l'instrument et une gestion très précise de la couleur sonore produite.

Parmi ces altérateurs, certains peuvent être considérés des sources sonores : les cordes sympathiques, les idiophones fixés sur l’une ou l’autre partie de l’instrument, les chevalets semi-mobiles, les mirlitons, etc. entrent dans cette catégorie, que l'on peut désigner comme "instruments secondaires".

D’autres altérateurs ne produisent pas par eux-même des composantes sonores mais ont pour effet de modifier le comportement vibratoire des cordes pincées. Ces dispositifs appartiennent à la catégorie des "altérateurs de vibration" : le système chevalet curviligne-fil jawari de la tampura et du sitar indiens et le mécanisme "chevalet large-obstacles" de la lyre éthiopienne bagana en sont deux exemples.

Dispositif "chevalet large curviligne+fil" jawari responsables du son grésillant de la tampura d'Inde

Spectrogramme d'un son de tampura produit d'abord avec l'effet du mécanisme "chevalet curviligne+fil" neutralisé manuellement puis en configuration de jeu normale. Enregistré à Calcutta, 2011. (Cliquez sur le spectrogramme pour écouter)

Film à haute vitesse (1000 images/seconde, ralenti 33 fois) de la vibration de la corde la plus grave d'une tampura.

Dispositif "chevalet large+obstacles" responsable du son grésillant du bagana d'Ethiopie

Spectrogramme d'un son de bagana produit d'abord sans puis avec le mécanisme "chevalet large+obstacles". Enregistré à Addis Abeba, 2003. (Cliquez sur le spectrogramme pour écouter)

Corde de bagana filmée avec une caméra haute vitesse (400 images/seconde) avec l'obstacle "élévateur" mis en place. La séquence est rendue 27 fois plus lentement (durée réelle 1.4 s). Une épingle est placée sur la corde pour mieux visualiser son mouvement.

Sur le sitar indien, les deux types de dispositifs sont combinés. Le sitar indien est en effet équipé d'un chevalet curviligne et de cordes sympathiques, ces dernières étant elles-mêmes équipées d'un chevalet curvilignes. Certains joueurs de sarangi (instrument à cordes frottées) utilisent également un dispositif "chevalet curviligne+fil" proche de celui de la tampura pour quelques-unes de leurs 35 cordes sympathiques.

Les deux chevalets curvilignes jawari du sitar : en position haute, le chevalet des cordes de jeu, en position basse, le chevalet des cordes sympathiques taraf

Spectrogramme de sons de sitar produits d'abord avec les cordes sympathiques bloquées et l'effet du chevalet curviligne neutralisé manuellement puis en configuration de jeu normale. Enregistré à Calcutta, 2011. (Cliquez sur le spectrogramme pour écouter)

Chevalet de type "tampura" (curviligne avec fil) de certaines cordes sympathiques du sarangi

Spectrogramme de sons de sarangi produits d'abord avec les cordes sympathiques bloquées puis en configuration de jeu normale. Enregistré à Calcutta, 2011. (Cliquez sur le spectrogramme pour écouter)

Actuellement, les instruments secondaires et les modificateurs de vibration ne sont pas mentionnés dans les systèmes de classification des instruments de musique. Pourtant, leur importance est fondamentale : souvent, l'absence du mécanisme altérateur sur un instrument correspond à une perte de son identité spécifique.

Le projet "Altérateurs de timbre des cordophones" a pour objectifs :

Ce projet vise à une meilleure compréhension de la gestion du timbre et la reconnaissance de l'importance du timbre dans les recherches organologiques.

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